Gerald Toto c’est d’abord l’évidence d’une voix à nulle autre pareille : féline, sensuelle, délicieusement équivoque, mâle et femelle dans la même inflexion. Cette voix d’exception, sans équivalent dans le champ de la nouvelle chanson d’expression française, trouve tout naturellement des liens de cousinage du côté du Brésil, par son timbre intimiste et troublant ; cette nonchalance savante et virtuose d’un phrasé constamment maîtrisé dans son délicieux balancé, évoquant par instants le timbre suave de Caetano Veloso.
Auteur, en 1997, d’un premier disque remarquable et remarqué, « Les premiers jours», paru chez Warner, posant d’emblée les fondamentaux de son univers (sensualité, tourneries rythmiques chaloupées, ballades suaves et envoûtantes…) ; compositeur et directeur artistique, dans la foulée, du premier opus clefs dans la discographie de Faudel (c’est lui l’auteur de l’emblématique « Tellement je t’aime ») — Gérald n’a cessé depuis d’accumuler les expériences les plus diverses, prenant un malin plaisir à privilégier les chemins de traverses aux routes balisés de l’industrie musicale, les expériences humaines et artistiques aux plans de carrière standardisés.
Passant ces dernières années, avec talent et gourmandise, de l’électro orientalisante de Smadj (enrichissant les grooves ethniques d’improvisations vocales résolument jazzy), aux univers singuliers et très dissemblables de Marcel Kanche, Lili Boniche ou Zora ; se produisant dans tous les contextes, en première partie de M ou du jazzman Roy Hargrove ; enregistrant pour le label No Format, avec Lokua Kanza et Richard Bona, un disque étonnant de fraîcheur et d’inspiration instantanée, pour aussitôt s’atteler à l’élaboration d’un spectacle musical conçu autour de l’œuvre du cinéaste et écrivain afro-américain Melvin Van Peeble — Gerald Toto est aujourd’hui un artiste complet arrivé à pleine maturité.